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"Il faudra sélectionner les Wazalendo à intégrer aux FARDC"

Georges Ibrahim Tounkara
17 avril 2024

Jean-Claude Katende, le président de l’ASADHO, revient sur l'état de l'armée congolaise, à la suite d'une série de crimes impliquant des soldats.

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En République démocratique du Congo, un militaire a été condamné à mort il y a quelques jours, pour le meurtre de trois civils, à Goma, dans l’est du pays.

Cette condamnation est la première illustration de la levée du moratoire sur la peine de mort dans des cas qui concernent des crimes commis par des militaires. Les incidents meurtriers de ce type sont en effet assez fréquents.

Comment l’expliquer ? Suivez la réponse de Jean-Claude Katende, le président de l’Association africaine des droits de l’Homme (ASADHO).

Qui sont les principaux acteurs du conflit en République démocratique du Congo ?

 

DW : Jean-Claude Katende, bonjour! Un soldat congolais a été récemment condamné à mort par la justice à Goma. Il a été jugé coupable de meurtre. Ce genre de jugement contre des soldats congolais deviennent monnaie courante. Comment l'expliquez-vous ?

Il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer cette situation-là.

La première, c'est d'abord l'état de l'armée congolaise aujourd'hui. L'armée congolaise a été constituée de plusieurs groupes, dont une partie venait des rebelles du RCD, des rebelles du CNDP ainsi que d'autres mouvements rebelles en République démocratique du Congo.

La plupart des gens qui ont été intégrés dans l'armée n'avaient pas une vraie formation militaire, n'étaient pas recrutés sur la base de critères qui puissent faire qu'on puisse avoir des militaires disciplinés.

La deuxième chose, on doit tenir compte du contexte général dans l'est de la République démocratique du Congo, où vous avez des généraux qui sont totalement impliqués dans l'exploitation des ressources naturelles de manière illégale, au lieu de donner une certaine discipline aux soldats.

Troisièmement, on peut aussi considérer la pression qu'il y a actuellement sur la ville de Goma : les militaires congolais sont dans cette ville, les Wazalendo sont dans cette ville et il se pourrait aussi qu'il y ait des personnes infiltrées du M23 dans cette ville aussi. Ce qui fait que le contrôle des militaires devient de plus en plus réduit, la pression démographique dans la ville de Goma, avec la venue de tous les déplacés.

La dernière chose, je pense que c'est la modicité des salaires ou des soldes qui sont payés aux militaires congolais qui les pousse à être derrière les populations. Pour un simple téléphone, on peut tuer quelqu'un.

C'est un contexte général de non-prise en charge effective des militaires, l'abandon du militaire de manière générale, qui conduit des fois à ces dérapages qu’on est en train de déplorer.

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DW: Donc, c'est un phénomène qui est propre à la région Est de la RDC ?

Non, il y a aussi des cas qui ont été signalés dans d'autres coins, comme par exemple à Kinshasa où nous sommes. Il y a déjà eu un militaire qui a tiré sur un taximan, il y a deux ans. Une simple discussion a débouché sur la mort du taximan.

DW : Comment mettre un terme à tout cela, comment faire en sorte que les soldats soient plus disciplinés et s'attaquent moins aux populations civiles notamment ?

Je pense qu’il y a beaucoup à faire. Le gouvernement est en train de recruter de nouveaux militaires. Je pense qu'on doit insister sur les conditions de recrutement. Il faut recruter des gens qui ont un minimum d'éducation, les former sur l'art de l'armée mais aussi les former par rapport aux questions de droits humains.

Généralement, en République démocratique du Congo, le mariage entre les militaires, les policiers et le peuple est à un niveau très bas au point que chaque fois que, par exemple, la nuit, un citoyen voit un policier ou un militaire, il préfère fuir parce qu'il sait qu'il est en danger. Alors que l'attitude que les citoyens devraient avoir, c'est que quand ils voient un militaire ou un policier la nuit, ils doivent pouvoir s'approcher de lui.

Il faut que de plus en plus, les militaires qui viennent d'être recrutés, soient encadrés par des généraux qui soient des modèles. Mais je pense aussi qu'il faut améliorer les conditions générales du militaire.

DW : Par exemple, on voit des supplétifs de l'armée congolaise, ceux qu'on appelle les Wazalendo, qui pourraient rejoindre un jour ou l'autre l'armée congolaise. Et quand on voit les abus de de la part de ces Wazalendo, est-ce qu'il n'y a pas à craindre encore de nouveaux abus de la part de ces hommes?

Oui, mais je pense qu'après qu'ils aient rendu service à l'armée,  après peut-être, au moment de la restauration de l'autorité de l'Etat dans l'est du pays, il faudra qu'on passe à la sélection. Que ceux qui se sont bien comportés, ceux qui ont un certain niveau d’éducation et qui peuvent rester dans l'armée restent. Et les autres, on doit pouvoir les encadrer autrement, en les démobilisant. Les Wazalendo, ou "compatriotes" en français, ont une certaine notoriété dans l'est du Congo en dépit du fait que certains d'entre eux ne sont pas encadrés, s’adonnent à des actes totalement illégaux. Mais, je crois qu'il  y a un travail à faire après que la phase actuelle à laquelle ils participent soit terminée.

Georges Ibrahim Tounkara Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welle